TRADITION Spéciel Saveurs
LES<<AMEZAIKU>>,ORFEVRES DU BONBON JAPONAIS
Deux minutes, pas une de plus. C’est le temps imparti au modeleur de confiseries pour fagonner une figurine de sucre avant que celui― ci ne durcisse.Les derniers représentants de cet art de la rue Nippon par excellence émelveillent et régalent les badauds comme il y a quatre siécles.
Un groupe de badauds s'est formé devant le petit stand recouvert de feutre rouge.Avec des gestes rapides et précis, Takahiro Mizuki a placé au bout d'une ba-guette une petite boule de sucre chaud d'un blanc immaculé et à la consistance de pâte à modeler.II la façonne de ses doigts puis, à l'aide de petits ciseaux, il fignole la figurine avant de la décorer au pinceau avec des sirops.Et. soudain, semble prendre son envol une grue aux ailes déployées, s'élancer un cheval au galop ou se dresser un dragon, gueule ouverte.<< C'est toute mon enfance... >>, dit, émerveillée, une vieille dame.
Les figurines en sucre représentant des animaux (tigre, éléphant, dauphin, coq) sont une des joies des petits Japonais depuis près de quatre siècles.Avec les < théâtres de papier > des conteurs de rue qui ponctuaient leurs récits de présentations de dessins, la venue des.< modeleurs en gourmandises >, selon l'expression d'un voyageur du xIx siècle, a rythmé la vie des quartiersUn art de la rue en train de s'éteindre. Ces artisans du sucre (amezaiku) ne sont plus qu'une vingtaine.Takahiro Mizuki ( 38 ans) est l'un des plus jeunes.
Sorti de I'une des grandes universités de Tokyo, il fut d'abord fonctionnaire municipal, puis il décida de changer de vie et de devenir un de ces artisans itinérants qui vont de fête en fête.I'uneCette fois, il a installé son petit stand à la gare du funiculaire du mont Takao.à une cinquantaine de kilo-mètres de Tokyo, grand site touristique célèbre pour sa flore et son temple, Yakuou-in, vieux de douze siècles, haut lieu de la < voie de I'ascèse > (shugendo) pratiquée par les ermites des montagnes.Quelque 2,5 millions de visiteurs, pèlerins comme simples touristes, s'y rendent chaque année.
Chaque jour, Takahiro Mizuki produit de 120 à I3O figurines.Les plus demandée sont les animaux associés à un signe du zodiaque (
DE MAÎTRE À DISCIPLE
Revêtu d'une veste traditionnelle (happi) dont les revers sont ornés des idéogrammes de son nom et du mot amezaiku, le front ceint d'une serviette torsadée que portent artisans ou cuisiniers pour éponger la sueur du front,Takahiro Mizuki a devant lui une boîte en bois carrée de cinquante centimètres de côté,dans laquelle se trouvent les instruments de son art : une petite marmite contenant le sucre chauffé au charbon ou à lëlectricité, et de minuscules tiroirs où sont rangés ciseaux,pinceaux et sirops colorants.Mais tout tient à son habileté.
<< On n'a guère que deux minutes pour façonner une figurine avant que le sucre ne durcisse >>, dit-il en s'affairant à modeler en quelques rapides petits coups de ciseau la crinière d'un cheval.Certaines formes sont plus difficiles à faire que d'autres: par exemple celles que l'on gonfle à l'aide d'une petite pompe à main.< Autrefois, on faisait cela avec un petit chalumeau en roseau dans Iequel on soufflait mais, pour des raisons d'hygiène, cette pratique a été abandonnée. On ne I'utilise plus que comme démonstration. >"
Comme la plupart des arts de la rue au Japon, les techniques des sculptures en sucre se transmettent de maître à disciple.< J'ai contacté un artisan du sucre à
Les < modeleurs de gourmandises > appartiennent traditionnellement au monde des forains et des marchands ambulants qui a fleuri à l'époque
Les grands artificiers des réjouissances populaires que sont les fêtes de quartier, si nombreuses au Japon encore aujourd'hui, se nomment les tekiya (mot à l'origine obscure qui pourrait venir de < celui qui fait mouche >).Un peu voyous, un peu roublards, un peu charlatans, Ies camelots ont un art consommé du boniment.Ils sont souvent assimilés à la pègre car la lisière entre les deux mondes est fluctuante.Constitués en groupes, ils ont leur territoire.< Comme le modelage du sucre est un art en déclin, il y a moins de concurrence, c'est plus facile désormais d'entrer dans ce monde. >)De temps en temps, il y a des accrochages avec le < chef du jardin >, celui qui affecte les emplacements lors d'une célébration.Mais désormais quelques < francs-tireurs > indépendants, comme Takahiro Mizuki, peuvent exercer la sculpture du sucre.
Cèst au cæur de la liesse populaire bon enfant d'une fête de quartier ou d'un temple, sous l'æil émerveillé des enfants, et celui nostalgique des parents, que Takahiro Mizuki est dans son univers.æil Il ne voudrait pas d'une autre vie que
ARTISAN Takahiro Mizuki sculpte un animal sous l'æil nostalgique de Japonais âgés (en haut) Dans son petit établi, sucre chaud, ciseaux et sirops de couleur sont prêts à l'usage (ci-contre).
A Lire
De la réglisse au sucre d'orge, en passant par la guimauve, un tour de monde des confiseries qui consacre tout un chapitre au raffinement suprême des artisans japonais.